VITA FRATRIS HROZNATAE

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Vie du Bienheureux Hroznata

fondateur des monastères de Teplà et de Chotesov (extrait de “Sources de l’histoire tchèque”)

Avant-propos

La vie du Bienheureux Hroznata est un exemple de vertu, de lumière, pour tous ceux qui cherchent Dieu, qui désirent ardemment marcher vers la Maison du Seigneur. Elle est comme l’éclat d’une pierre précieuse, et reste vive et glorieuse dans les mémoires. TI est le père fondateur des monastères de Teplà et de Chotesov, et sa notoriété s’étendait alors bien au-delà des frontières de son pays. C’est avec la couronne du martyre qu’il fut rappelé au sein du Seigneur.
Je me sens incapable de faire le récit de sa vie si pleine de mérite, et ne compte que sur l’aide de Dieu pour l’écrire. C’est en toute simplicité que je vais le faire, et pour que sa vie soit mieux connue dans le monde actuel et à venir. Je prie les lecteurs d’être indulgents devant mon imperfection.

Grandeur et aualités de ce fondateur

C’est sous le règne heureux de Premysl - surnommé en Bohême Otakar ~ qu’est né Hroznata dans une illustre famille princière placée parmi les plus grandes du royaume à la cour du roi. Il a été aimé de tous; il était jugé digne de sa famille, rempli de vertu et d’honnêteté, brillant par son esprit, sa noblesse et ses connaissances très vastes. TI avait beaucoup de biens qu’il distribuait aux pauvres généreusement et avec grande bonté. Il se faisait le consolateur sur le plan religieux des affligés, le père des orphelins, et soutenait ceux qui étaient dans la souffrance. Fidèle aux commandements de notre religion, il donnait avec sincérité à Dieu ce qui appartenait à Dieu, avec fidélité et obéissance au roi ce qui appartenait au roi, et veillait à ce que chacun reçoive ce qui lui revenait.

Le mariage

Dès son tout jeune âge il était rempli de la crainte et de l’amour de Dieu. Devenu jeune homme, il s’est mariè à une femme de haut lignage, avec laquelle il vécut quelques années; de cette union naquît un fils, accomplissement de ses désirs, car il pensait avoir ainsi un héritier pour tous ses biens. Mais le Seigneur en a décidé autrement. Ce fils mourut très jeune. S5 mère, qui aimait cet enfant de tout son coeur, privée de la joie de ce fils unique, ne cessait de pleurer et de gémir sur sa mort, si bien qu’à son tour elle mourut.

Le voeu de pureté

Peu de temps après la perte de son fils puis de sa femme, Hroznata, dont le caractère était fort et audacieux, sortit de son deuil pour ne tourner toutes ses pensées que vers Dieu. Il se mit à réfléchir à la meilleure manière de disposer avec sagesse de tous ses biens, qu’il jugeait empruntés à Dieu. Il voulait Lui plaire. il s’est rappelé les mots de l’Apôtre: uprivé de ta femme. n’en cherche aucune autre”. Méditant sur l’instabilité du monde, la briéveté de la vie humaine, il prit la résolution de vivre dans la pureté. il renonça au monde et ne chercha plus une autre épouse, ni à assurer sa postérité par des enfants. Il ne recherchait plus les biens temporels, mais s’efforçait de plaire à Dieu uniquement. Il voulait rejoindre le troupeau dont parle Le Seineur dans l’Evangile, c’est-à-dire: “n’aie pas peur, petit troupeau, car ton Père qui est dans les cieux te transmettra le Royaume.” Sous la mouvance de l’Esprit Saint, qui ne connaît aucune difficulté, il accomplissait, avec l’aide divine et sans peur, tout ce que Dieu lui demandait.

La Croix et le vélerinaile à Rome

Le Bienheureux Hroznata était très attentif à la volonté divine et n’agissait dans les choses temporelles qu’après être SÛT de faire ce que Dieu voulait qu’il fasse. TI s’inspirait de l’Evangile qui dit : “si quelqu’un ne renonce pas à tout ce qu’il possède, il ne peut être mon disciple”; et aussi: “qui n’accepte sa croix ne me suit pas, n’est pas digne de moi”. TI prit sur lui la Croix du Seigneur. Par amour des souffrances du Christ, il a voulu se rendre en Terre Sainte, à Jérusalem, accomplissant en actes les paroles du psalmiste: “il est bon pour moi de me joindre à Dieu et de mettre mon espoir en Lui.” Cet amour si grand pour Dieu lui enleva toute peur, et prenant tout ce dont il avait besoin, avec ses compagnons, il quitta son pays natal et se mit résolument en route. Arrivé au bord de la mer, il a commencé à mesurer avec angoisse l’ampleur de son projet, l’immensité de la mer, les difficultés qu’il allait rencontrer, et il se demanda s’il ne devait pas renoncer.

Visite de la tombe des saints Apôtres

Rempli de découragement, en face de la mer infinie, il s’enfuit. Il était bien conscient du voeu qu’il avait fait et savait que ceux qui retournent en arrière n’étaient pas pour le Royaume de Dieu. Il prit la décision d’aller à Rome, désirant vivement visiter les tombes des Apôtres et demander conseil à l’Evêque de Rome sur son état d’esprit et ses projets. Il retourna donc rapidement à Rome. Là, il fut de suite reçu par le Pape Célestin qui était alors à la tête de l’Eglise, lui expliquant le but de sa visite, et sollicitant ses conseils. Le pape le consola en lui disant: “celui qui renonce à l’accomplissement d’un voeu avec la permission du Saint-Siège ne contrevient nullement à son voeu et n’est pas coupable. Chacun est libre de prononcer un voeu. Cependant il ne peut y renoncer qu’avec la permission de son supérieur. Il nous semble bon de te relever de ce voeu de pélerinage à Jérusalem et te demandons alors de fonder, à la gloire de la Bienheureuse Vierge Mère du Christ, un monastère de l’ordre des Prémontrés où l’on prêchera la louange de Dieu; ce lieu deviendra pour tous ceux qui veulent oeuvrer pour le Christ un lieu de consolation.

Les dons donnés au Pape et aux cardinaux. et le retour en Bohême

Le Bienheureux Hroznata écouta avec avidité et force, dans les larmes, les mots de sagesse prodigués par le Saint Père. il s’est jeté aux pieds du Pape, acceptant religieusement et humblement la grâce de consolation reçue par sa réponse paternelle et bienveillante, qui a apaisé sa conscience et son esprit inquiet. En ce temps-là, son rang de noblesse et ses biens le mettaient bien audessus de la plupart des Tchèques. D’une main généreuse, il accorda moult dons au Pape et aux cardinaux. Après avoir été béni par le Saint Père, il quitta Rome. Relevé de son voeu, c’est le coeur joyeux qu’il retourna en Bohême.

Fondation du monastère de Teplà

Après un voyage sans histoire, il est rentré au pays natal, en Bohême. il prit un temps de repos à la suite de ce voyage fatigant, puis se mit à la recherche d’un lieu convenable pour la fondation d’un monastère dédié à la gloire de Dieu et en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie. A l’endroit où se trouve actuellement le monastère, il s’était mis à genoux, en disant : JI que la Vierge prépare cette maison pour le service de Dieu.” Cette prière dite, il se munit d’ une pioche pour creuser la terre, prenant les premiers seaux de terre sur ses épaules. Il donna le nom de Teplà à ce monastère en raison de la ville voisine du même nom. Le monastère est fondé sur une bonne terre. Il est situé un peu en hauteur, entre les forêts et les prés remplis de fleurs, où coule une rivière, un bienfait pour la vie religieuse, poissonneuse, et permettant aussi de faire tourner les roues des moulins. Un lieu où la grâce de Dieu abonde et favorise le chemin vers la perfection et la vertu, propres à la croissance de cet ordre jeune mais déjà prospère. L’église dédiée à la sainte Vierge Marie, Mère du Christ, se dresse sur les hauteurs toute de beauté et de majesté. L’intérieur est magnifiquement orné. Elle est dotée de cloches euphoniques. On en parle dans toute la région. Bien sûr, toute cette beauté ne suffirait pas s’il n’y avait un grand nombre d’apologistes et de serviteurs de Dieu de l’ordre des prémontrés vivant là saintement sous la règle de saint Augustin.

La consécration

“Mes frères, vous dont le coeur est tourné vers Dieu, vous qui avez été choisis par la Mère de Miséricorde comme serviteurs et fils, écoutez votre Protectrice”. Au mois d’août, l’église de Teplà a été consacrée par le révérend père M.- Jean, évêque de l’église sainte de Prague. TI y eut un signe étonnant venu du ciel qu’il convient de ne pas oublier. Juste au-dessus de l’église de la Mère du Christ se trouvait une étoile très brillante et claire que tous pouvaient voir et admirer, surtout pendant la journée lorsque le soleil est habituellement plus violent et l’air plus pur. Cette étoile a rayonné longtemps, non seulement pendant toute la consécration, mais aussi après la cérémonie. Elle était visible aux yeux de tous durant toute la journée et ne s’est fondue parmi les autres étoiles que pendant la nuit. Nous croyons que cette étoile est un signe de l’intercession de la Sainte Vierge pour obtenir la grâce de Dieu sur ce lieu et conduire ses serviteurs sur le chemin de la paix vers la demeure du Seigneur, en particulier pour vous qui êtes dans le monastère de Teplà, là où l’étoile est apparue, et suivez la règle de vie spirituelle.

Fondation du monastère de Chotesov et prédication

C’est à la même époque que le Bienheureux Hroznata a fondé le monastère de Chotesov en l’honneur de saint Venceslas, duc, martyr et saint patron de la Bohême. Il a constitué là une communauté de femmes qui servaient Dieu selon la même règle. Dans ce monastère vivait déjà depuis de longues années Dame V ojslava, sa soeur qui, après la mort de son mari, préfet de la ville de Krakow, est restée veuve dans l’intention de vivre saintement. Portant l’habit des veuves, elle avait le rôle au sein de la communauté des soeurs de protectrice, voire de patronne. A son décès, son corps fut enterré au milieu de l’église.

Le Bienheureux Hroznata construisit encore d’autres monastères, les comblant de biens, puis il s’en retourna à Rome. Il demanda audience au Pape pour lui relater toute cette période de construction de monastères, pour lesquels il requerra humblement la protection particulière du Saint-Siège et demanda la grâce apostolique qui permettrait aux futurs abbés de ces monastères de porter l’infule épiscopale. Le Pape, voyant la foi, la ferveur, la stabilité et la générosité avec lesquels le Bienheureux Hroznata a fondé ces deux monastères, accueillit favorablement sa demande et lui accorda la protection spéciale du Saint-Siège, surpassant même en privilèges apostoliques le monastère de Teplà sur tous les autres monastères du même ordre en Bohême.

Plein d’audace, Hroznata, se voyant comblé de tant de grâces du Saint-Siège, demanda sans tarder l’habit de l’ordre des prémontrés de la main même du Saint-Père, se remettant ainsi entièrement à Dieu.

Revêtu de l’habit religieux et tout réjoui de la bénédiction du Saint-Siège, il baisa les pieds du Pape, le remerciant de tous ses bienfaits. Puis, de chevalier devenu frère, il rentra chez ses amis. Ceux-ci SI étonnèrent du changement d’habit de leur seigneur. Ils en érpouvèrent de la peur et se mirent à pleurer et à gémir. Ils criaient en se lamentant: “pourquoi nous quittes-tu, notre père? Pourquoi nous enlèves-tu la vie? Est-ce que nous pourrons vivre sans ta consolation après Dieu? Il serait mieux pour nous d’avoir péri par l’épée dans notre pays natal plutôt qu’être sans protecteur en pays étranger. Pourquoi nous as-tu quittés, rejetés de la maison paternelle, rendus orphelins?”

Mais lui, se tournant vers eux, le visage angélique, leur dit: “ cessez de verser ces torrents de larmes comme si ce changement n’était pas de la volonté divine. En effet, il est écrit: sans moi, vous ne pouvez rien faire; glorifiez-moi en actes”. Tout en parlant, ils arrivèrent à une auberge et y demeurèrent. Là, tous ceux qui venaient vers frère Hroznata reçurent des repas et des boissons en abondance, et la renommée de son hospitalité grandissait de jour en jour.

Revenu en Bohême, frère Hroznata se rendit auprès du roi Premysl revêtu de son nouvel habit religieux. Le roi, avec son amabilité naturelle, se leva de son siège et embrassa son frère Hroznata, le faisant asseoir à sa droite, l’interrogeant avec bienveillance sur sa conversion. Frère Hroznata se mit à genoux devant le roi lui demandant la grâce de reconnaître les privilèges qui, sous le regard de Dieu, lui avaient été accordés par le Saint-Siège.

Puis tous les participants se levèrent et avec frère Hroznata se mirent aux pieds du roi, priant pour lui, dans la confiance que le roi, très pieux, veillerait à faire tout ce que la religion prescrit. Le roi, plein de bonté, donna satisfaction à leur demande et prit sous sa protection tous les lieux religieux et leurs biens . Tous le remercièrent de sa générosité et rendirent hommage à frère Hroznata et gloire et louange à Dieu de tous ses bienfaits.

Le retour dans sa maison

L’homme de Dieu, frère Hroznata, avait vu tous ses désirs comblés. il quitta cet endroit, accompagné par les grands seigneurs du roi jusqu’au lieu où l’attendait un groupe de cavaliers. Monté sur son cheval, il s’arrêta un peu plus loin et les bras tendus vers le ciel, il louait la bienveillance de Dieu qui l’avait tant soutenu, et pria longtemps les yeux remplis de larmes. Puis il se rendit sur les terres paternelles où l’attendaient tous ses parents et amis, étonnés de le voir en habit religieux, La plupart pleurait de joie de le voir revenu sain et sauf. Ainsi, fut-il admis joyeusement dans le monastère de Teplà. Là, fidèle à ses voeux monastiques, il écoutait Dieu et son supérieur.

TI accomplit encore d’autres actes de piété, la grâce de Dieu ne connaissant aucun obstacle. Sur l’ordre de l’abbé Jean de Teplà, contre son gré mais par obéissance, il accomplit les tâches de prévôt et administrateur des monastères mentionnés plus haut. Le soin qu’fi y mettait, son humilité, son obéissance, sa patience, sa stabilité, faisaient l’admiration de tous.

Pourtant, l’ennemi du genre humain sema la discorde. Le père abbé causa du tort à frère Hroznata et celui-ci dût essuyer des insultes si virulentes qu’il préféra quitter le monastère pour un certain temJl$, répondant, par la patience aux persécutions. Mais il conservait l’habit et ne s’écartait aucunement de la discipline régulière. Ceci jusqu’au jour où ses parents et amis vinrent à bout de la malveillance de l’abbé. Il fut rappelé au monastère et admis à nouveau parmi les frères.

Enfin, pour que le parcours de ce frère soit complet, venons-en aux miracles que Dieu voulait faire à travers Hroznata, au cours de sa vie terrestre et après sa mort. La grandeur divine s’est manifestée dans son élu. Il est juste qu’elle soit célébrée et reconnue dans les mérites de frère Hroznata.

De son vivant, Dame Vojslava, avec d’autres gens dignes de foi, racontaient les choses véridiques que nous allons rapporter ici. Tout d’abord, à sa naissance, il a été considéré comme mort, même par sa mère qui a demandé qu’on l’emporte et l’ensevelisse aussitôt. La vieille femme qui aidait la mère prit l’enfant mort dans ses mains, demandant à sa maîtresse de porter l’enfant et de l’offrir en sacrifice à la Bienheureuse Marie, Mère du Christ, qui donna vie à Celui qui devait vivifier le monde. Elle ne cessait de le répéter à la mère de l’enfant qui, de guerre lasse, prit le corps inanimé de son fils dans ses mains, tremblante et apeurée, et se mit à genoux. Les mains tendues et les yeux levés au ciel, elle priait ainsi: “Seigneur Jésus Christ, tu as voulu naître de la Vierge Marie et mourir pour sauver le genre humain et redonner la vie au monde, rends, je t’en supplie, la vie à ce bébé mort pour l’honneur et la gloire de ta Mère. Je te le donne pour ta louange; qu’il soit bienheureux pour les siècles. Le corps de l’enfant, encore froid et rigide, après ces paroles, est devenu chaud et mou. Il a ouvert les yeux et s’est mis à pleurer. Sa mère, toute étonnée et réjouie d’entendre la voix de son fils, le remit à la vieille femme et tomba à terre pour remercier et louer Dieu et la Sainte Vierge qui n’abandonne pas ceux qui ont recours à elle et dont le Fils donne vie et résurrection.

Nous voulons citer encore ici un autre miracle digne de foi. Un jour, la mère de Hroznata était assise avec sa fille Vojslava dans une voiture à roues. Elle tenait son fils dans son giron. Elle remit l’enfant à sa fille qui, par inadvertence, le laissa tomber par terre. Le frêle enfant tomba sous une roue, mais il en fut extrait sans aucune blessure. Les femmes rendirent grâce à Dieu. Entre autres miracles, je citerai encore celui-ci : la soeur de Hroznata s’ était mariée au préfet de la ville de Krakow, ville où est célébrée de nos jours la mémoire du saint évêque martyr Stanislav. Hroznata, encore un jeune garçon rempli de promesses, se rendit chez sa soeur. Il jouait avec les garçons de son âge au bord de la rivière Visla quand le courant l’a emporté. il est resté durant trois heures dans l’eau, au crépuscule. Quand enfin sa soeur l’apprit, pleine d’angoisse, elle courut vers la rivière craignant pour la vie de son frère. On lui montra l’endroit où le jeune garçon avait été emporté. Elle demanda qu’on retira de l’eau, au moyen de divers instruments de pêche, le cadavre de son frère. !vIais ce fut en vain. Pendant ce temps, d’autres jeunes hommes arrivèrent. Ils savaient nager. Ils se sont deshabillés et ont sauté dans les eaux profondes. L’un d’entre eux a tiré par les cheveux Hroznata hors de l’eau pour le déposer devant sa soeur. Quelle ne fut sa joie de voir que son frère UIÙque était encore vivant. Lorsque ses pleurs furent apaisées, elle demanda à l’enfant comment cela a-t-il été possible qu’il ait pu survivre si longtemps sous l’eau. Il lui a répondu qu’il avait senti qu’une dame, d’une étrange beauté et au visage de vierge, avait tenu sa tête entre ses mains le protégeant de l’eau. Il pensait que c’était la Mère de Dieu, remplie de grâce et de miséricorde. Depuis lors, Hroznata chante joyeusement en l’honneur de la Vierge Marie, sa protectrice, et lui a promis de la servir fidèlement, lui consacrant sa vie et tout ce qui lui appartenait.

Quant à Vojslava, après la mort de son mari, elle est restée veuve et s’est retirée chez les religieuses dans le domaine de son frère à Chotesov où il se trouvait alors dans un état de maladie grave. Là une chose étrange se passa. D’une voix forte, comme en extase, il s’écria : “on me prend, des ennemis m’emmènent en captivité”. A ces mots, les soeurs, très étonnées, lui affirmèrent que personne ne voulait s’emparer de lui, qu’il était couché dans sa propre maison, atteint d’une grave maladie, que c’était la volonté de Dieu. Pourtant, l’on verra par la suite, que sa vision était prophétique. Peu après, il guérit et le jour de l’Ascension, il se confessa, plein de contrition, invitant ses frères à chanter et prier pour lui. En larmes et avec humilité, il communia au Corps et au Sang du Christ. Après avoir été béni par l’abbé, il se rendit à Hroznetin pour l’examen des biens du monastère.

Mais, des personnes envieuses, de la province de Cheb, ne lui étaient pas favorables, car il défendait les biens du monastère dont elles voulaient se saisir. Sachant où il se trouvait, elles s’en emparèrent. il fut entraîné en Allemane où il fut jeté en prison. Il avait faim, soif, froid, et on le tourmentait par toutes sortes d’ humiliations afin d’obtenir de lui, par la force, de l’argent. Mais lui restait ferme, patient, paisible sous la torture, pour le Nom de Dieu. Il priait tout le temps le Seigneur pour qu’ll le rappelle à Lui. Le père abbé et les frères du monastère de Teplà, privés de leur frère et protecteur, trouvèrent une somme d’argent importante et voulurent la donner en rachat de frère Hroznata. Lui, cependant, plutôt que de se laisser acheter, aspirait à donner sa vie pour Jésus et choisit la mort. il a supplié l’abbé et les frères de renoncer à leur projet ne voulant pas qu’un seul écu soit versé pour lui. Il suppliait ses frères de le laisser aller au Christ par le martyre. C’est ainsi qu’il marcha vers la mort et qu’il est entré dans le ciel avec la couronne du matyr où il sera éternellement avec le Christ.

La mort de Hroznata fut ressentie avec un profond chagrin par les membres de l’ordre et par tous, en particulier les gens de Teplà. ils pleuraient la mort du fondateur du monastère comme un père et comme un frère, disant: “qui a été plus pieux, plus humble que toi Hroznata, plus attentif, plus obéissant? Tu as supporté avec tant de courage et de patience les persécutions et les outrages de l’abbé Jean que tu avais pourtant placé comme supérieur. Tu n’as pas perdu patience devant les injustices et les insultes. Nous n’avons jamais entendu ni vu une chose pareille. Quel exemple nous as-tu laissé-là: le combat d’une âme pieuse qui a lutté jusqu’au bout pour arriver à la victoire. Si la mort est inévitable, toi tu ne pouvais pas fournir plus grande preuve d’amour que de donner ta vie pour le Christ, pour tes frères, pour tes amis. Ta patience est venue à bout de tout et t’a conduit jusqu’au martyre sans verser de sang. Comme un bon pasteur, tu as donné ta vie pour tes brebis.” Ainsi exprimaientils la tristesse qui habitait leurs coeurs. Ils donnèrent beaucoup d’argent pour récupérer la dépouille de leur très aimé père, et se hâtèrent de l’emporter dans son pays natal. Horznata, qui ne voulait pas être acheté de son vivant, le fut pourtant à sa mort.

Ils prirent le corps dans la prison, l’examinèrent attentivement et trouvèrent tous les membres intacts. Il était vêtu de son habit religieux, ceinturé au bas du dos. La dépouille a été placée dans une voiture et conduite au monastère de Teplà. Il y eut des funérailles solennelles; son corps fut enseveli devant l’autel principal où il repose encore en paix pour l’éternité.

Il nous paraît important de relever brièvement les miracles que la tradition authentique relate attribués au bienheureux père Hroznata.

Dans la nuit où le Seigneur l’a rappelé à Lui, il est apparu à son serviteur - qui était enchaîné dans la prison - vêtu de son habit, brillant, rempli de lumière, le visage si serein que le prisonnier en fut très étonné. L’homme de Dieu lui dit alors: “lève-toi, va chez mes frères à Teplà et dis-leur de ne plus s’inquiéter pour moi, car je suis déjà passé de ce monde vers le Christ. Demande-leur qu’ils emportent mon corps pour l’ensevelir religieusement dans le monastère.” Après ces mots, toutes les chaînes du serviteur tombèrent. Il se leva et dit à son maître: “je vais faire ce que tu m’as ordonné. Mais comment sortirai-je de la prison? Tout est fermé et il y a des gardes partout qui surveillent même la nuit?” Alors, l’homme de Dieu dit : “Celui qui a délié les chaînes de saint Pierre et lui permit de sortir sans encombre, Celui-là te conduira sur la route.” Puis il le quitta.

Le serviteur était persuadé d’avoir eu une vision. Il ne savait que faire. Réfléchissant, il fit le signe de croix, et passant par la fenêtre il se mit à descendre le long de la tour haute. Comme porté par d’autres mains, il s’en tira sain et sauf, et remercia Dieu de l’avoir sorti du danger. Ainsi libéré de cette terrible prison, le serviteur se releva pour se mettre en route et arriver au plus vite au monastère. Là, il raconta à l’abbé et aux frères rassemblés tout qui s’ était passé et comment il avait été délivré de ses chaînes par l’apparition du frère Hroznata dans la prison.

il Y eut encore d’autres miracles près de la tombe de Hroznata. Entre autres, des lampes remplies d’huile, en verre, qui étaient suspendues entre l’autel principal et son tombeau, tombèrent sur le sol pavé de pierre sans se casser.

Beaucoup de miracles pourraient être encore relatés ici de celui qui a brillé sur la terre et vit maintenant au ciel, mais ce récit devait être bref.

Frères, célébrons la mémoire de ce père exemplaire et suivons-le. Rendons grâce à ses mérites et demandons-lui son aide dans ce monde afin que nous trouvions nous aussi la joie éternelle dans le ciel, pour la louange et la gloire de Notre Seigneur Jésus Christ qui avec le Père et l’Esprit Saint vit et règne dans tous les siècles des siècles. Amen.